Quel exercice plus casse-gueule, en 2026, que de faire un album de reprises d’un musicien culte ? Et surtout : pour apporter quoi de neuf ?
La plupart du temps, c’est au mieux sympathique mais oubliable, au pire franchement une mauvaise idée. Et puis il y a Jimetta Rose et son nouvel album, MettaSun, hommage au géant du jazz cosmique Sun Ra. Figure incontournable, Sun Ra a enregistré une centaine d’albums et continue d’influencer largement la musique actuelle, de Madlib — qui lui voue un véritable culte — à Gilles Peterson jusqu’au Sun Ra Arkestra, qui lui survit depuis sa disparition en 1993.
On pourrait s’attendre à ce que Jimetta Rose se contente de naviguer dans l’univers barré, free et intersidéral du jazzman. Mais non. Et c’est précisément là que se trouve le tour de force de MettaSun : plutôt que d’entrer dans l’univers de Sun Ra, c’est elle qui va le chercher pour le ramener dans le sien.
Un Sun Ra traversé par le gospel, par la mythologie afrofuturiste remise au goût du jour. Un Sun Ra à la puissance féminine assumée, où les voix sont au premier plan, dans le sillage notamment de June Tyson, chanteuse emblématique et habituelle du Sun Ra Arkestra. La reprise de « Nuclear War » en est l’éclatante démonstration : presque un manifeste gospel qui monte pendant neuf minutes, porté par une puissance vocale qui finit par rejoindre la folie de l’originale.
Après des années de collaborations avec des artistes comme Noname ou Georgia Anne Muldrow, Jimetta Rose fait ici ressortir une facette profondément jazz de son travail. Et franchement, c’est un sacré tour de force que d’avoir dompter le pharaon du free jazz.

Cosmic Boss Lady!