On air

Steiger

The New Lady Llama, disque de la semaine du Grigri du 19/04 au 25/04


The New Lady Llama (Sdban Records)


Cette pochette, on ne sait pas si on doit la prendre comme un hommage à Breaking Bad, aux gilets jaunes, à la Bretagne, aux crash test dummies ou l’art contemporain. Ce qu’on sait, c’est qu’elle claque comme une bonne affiche de film. D’ailleurs, le nom de baptême de ce nouveau disque des Belges de Steiger sonne comme un titre de buddy movie: The New Lady Llama. Même le nom des musiciens écrit en tout petit en-dessous ressemble à un casting: Gilles Vandecaveye-Pinoy dans le rôle du clavier, Kobe Boon dans celui de la basse et Simon Raman pour la batterie. Ça pourrait être A Very Bad Trip. C’est en réalité Stranger Than Paradise.

Quand on jette un oeil attentif aux photos de presse du trio, on se dit que la référence la plus évidente, c’est celle de Breaking Bad. Avec cet album, Steiger donne l’impression d’avoir shooté son jazz aux amphétamines tout comme, dans la fameuse série créée par Vince Gilligan, Walter White produit des petits pilules bleues psychotropes. Quand on écoute les synthés gonflés à l’hélium de “Sun Dog”, “Lambda” ou “Just A Rite”, c’est flagrant. Les Belges n’ont presque plus rien à voir avec le trio traditionnel qu’ils formaient sur And Above All en 2017 ou sur la fameuse compilation belge de Lefto, Jazz Cats. Ils prennent plus de risques, sonnent davantage électro, la jouent bien plus lo-fi. À l’instar du célèbre héros de Breaking Bad, ils testent des trucs dans un laboratoire maison.

Si on devait [leur] trouver un cousinage, ce serait avec Jameszoo. Même fascination pour le jaune, même tendance à enchaîner groove et free sans transition, même amour des claviers psychés, même émotion lo-fi, même univers perché.

À présent, Steiger laisse plus de silence(s), plus d’incertitude(s), plus d’espace(s). Et tout comme Walter White a été poussé à produire de la crystal meth’ par son ancien élève Jesse, c’est un Australien installé à Berlin qui a fait office de déclencheur pour les Belges, Joe Talia. L’an dernier, ce collaborateur de Jim O’Rourke ou de Kim Myrh avait accompagné le trio en résidence avant de les aider à muscler leur jeu sur un EP complètement perché, Brick Smoke Basement. Une sorte B.O. de jeu vidéo à l’ancienne, faussement naïf, vraiment surprenant.

Résultat, Steiger a des allures de groupe Brainfeeder, le label de Flying Lotus dont la catalogue est infusé aux soundtracks de la Game Boy. D’ailleurs si on devait trouver un cousinage à The New Lady Llama, ce serait avec le fascinant Fool de l’Hollandais Jameszoo. Même fascination pour le jaune, même tendance à enchaîner groove et free sans transition, même amour des claviers psychés, même émotion lo-fi (“The Happiest Thought of my Life” de Steiger peut vous tirer une petite larme), même univers perché (la clôture dadaïste des Belges, “Absolution of a French Fry”, vaut le déplacement). Plus besoin donc d’aller à Los Angeles pour goûter au top du jazz-électro-lo-fi, il suffit d’un petit trip en Belgique, la nouvelle Californie. Il y fait moins beau, mais l’ivresse y est plus douce.

Mathieu

Last news

La nouvelle scène jazz française se met au vert avec Spirits, session enregistrée en une seule prise, sans retouches, en mode sans filet sur du matos analogique. Groupe composé de la moitié d’AMG et moitié de OLA TUNJI, KOMA se lance dans une session hommage au modal et spiritual jazz des grandes années avec les géants John Coltrane et Albert Ayler en ligne de mire. Cette presque mixtape alterne entre improvisations , compositions inédites et reprise et c’est une bouffée d’air frais en totale liberté avant leurs prochains lives bouillants et sorties de fin d’année (dès octobre pour le prochain OLA TUNJI!).

Listen / Buy

Porté par le trompettiste vétéran Sean Corby, ce collectif anglais réunit plusieurs générations du jazz britannique, de Courtney Pine au jeune pianiste Sultan Stevenson (déjà album du moment chez nous). Afrobeat, soul, racines jamaïcaines, rythmes caribéens et électro s’imbriquent ici sans jamais demander la permission. De la génération Jazz Warriors des années 80 aux nouvelles pousses de Tomorrow’s Warriors qui ont explosées ces dernières années, un disque qui rappelle la continuité et le constant renouvellement de la scène anglaise.

Listen / Buy

D'autres albums coup de cœur

© Le Grigri, 2024 — Made with 🖤 — World Best Radio of the year 2062