On a perdu notre Gris-Gris

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Dr. John n’est plus. Le Grigri a perdu l’un de ses pères spirituels. Toute la journée, on lui rend hommage sur la radio à présent un poil orpheline.

Ça nous fait tout bizarre. Et surtout ça nous fait de la peine: fêter l’anniversaire du Grigri le 16 juin prochain en sachant que Dr. John n’est plus de ce monde. Car ce pianiste-chanteur de La Nouvelle-Orléans représentait à lui tout seul une grande partie de l’âme de la radio. Car il était à la fois groove, fêtard, blues, perché, funk, poisseux, drôle, coloré, trippé, jazz, dopé, soul, vaudou, psyché… Bref, il représentait une certaine conception de la musique qui se fout du flacon pourvu que l’ivresse soit au rendez-vous. Et puis bien sûr, c’est lui qui nous a baptisés. Ce n’est pas rien un nom. Et on peut vous dire qu’on s’est creusé à la cervelle jusqu’à plus soif pour trouver le meilleur blaze de radio possible. Sorti en 1968, Gris-Gris est tout bonnement l’un des chefs-d’oeuvre du monsieur. Un chef-d’oeuvre inquiétant, louche, interlope porté par un morceau d’ouverture qui fut longtemps la signature de notre radio: “Gris-Gris Gumbo Ya Ya” où le Néo-Orléanais se présente comme un sorcier maître du bayou. Il s’y définit aussi comme un voyageur de la nuit, un night tripper, le sous-titre officiel du disque. Night Tripper, c’était le nom originel du UFO, ce légendaire club de Londres à l’origine de la culture psychédélique, là où ont débuté Pink Floyd ou Soft Machine. Il a dû encore en parrainer des centaines et des centaines de projets. Il en parrainera encore beaucoup, on est en sûrs. Et à notre échelle, on essayera d’y participer en continuant de transmettre sa musique porte-bonheur et/ou maléfique. À commencer par aujourd’hui où chaque heure débutera sur Le Grigri par l’une de ses chansons dingues.

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