Les 25 meilleurs disques de 2019 - so far

Vous l’avez peut-être remarqué vous aussi, mais on est déjà à la mi-temps de cette année 2019. C’est donc le moment de faire une session de rattrapage pour ceux qui ont loupé quelques épisodes. 25 semaines, 25 gros sons à télécharger sur son téléphone pour les vacances. Vous verrez, il y en a même un peu plus, c’est gratuit, ça fait plaisir. Et si vous n’avez plus de mémoire vive, sachez qu’ils passent tous intensément sur Le Grigri. Au programme, du jazz trafiqué, du hip-hop soulful, de la disco tropicale, des chansons psyché, du beatmaking élégant, de la soul vintage ou encore de l’exotica éclatée. Bref du porte-bonheur en boîte.

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SEGAWA TATSUYA Pull.In Sai

Segawa Tatsuya. Ce nom ne vous dit sans doute rien si vous n’êtes pas familier de l’univers du regretté Nujabes. Souvent surnommé le J Dilla nippon et pas seulement en raison de leur date de naissance commune (le 7 février 1974), ce producteur et beatmaker jazzophile avait pour habitude de prendre Segawa Tatsuya pour ses premières parties sous le pseudo de Deeptuber (alias qu’on retrouve sur le fabuleux premier morceau du disque). Avec la complicité de deux autres proches de Nujabes et du label Hydeout Productions (Takumi Koizimi et Uyama Hiroto), Segawa Tatsuya a créé Roph Recordings pour défendre sa vision du jazz, gorgée de beats électro comme de breaks hip-hop. Premier album officiel de ce DJ-trompettiste-beatmaker, pull.in sai s’impose comme un petit chef-d’oeuvre du genre: du jazz-électro anguleux qui fuit le lounge comme la peste pour hybrider références japonisantes (“miyabara”) ou coltraniennes (“keep Luv”). C’est cool, expé, dansant, trippant et psyché à la fois. Comme si Flying Lotus avait fait un disque avec Yussef Kamaal et Christian Scott à six-heures-du-mat-je-claque-des-dents-j’ai-des-frissons.

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ABSTRACT ORCHESTRA Madvillain Vol.2

Quand on est fan de Madvillainy (comme sans doute 93,4% des auditeurs et des membres du Grigri), on l’a tellement essoré qu’on est tout content de le réécouter à neuf. Grâce aux Anglais de l’Abstract Orchestra, ce fantasme devient réalité: c’est presque si on découvrait pour la première fois l’indépassable chef-d’oeuvre de MF DOOM et Madlib en 2004. 16-piece ensemble comme le dit la langue de Shakespeare de manière bien plus cool que notre français “orchestre de 16 musiciens”, ce big band de Leeds se fait plaisir en dynamitant à grands coups de cuivres et de flûtes les standards que sont “Meat Grinder”, “Figaro” ou “Rainbows”. Une manière de rappeler la richesse, la précision et l’érudition du travail de Madlib sur le disque original. Les samples originaux de Lonnie Smith, Zappa, James Brown ou Maria Bethânia deviennent ainsi un terrain de jeu magnifique pour les relectures instrumentales de la bande à Rob Mitchell. Et puis, petit bonus pas dégueu à ce tome 2 (après le déjà très réussi épisode 1 l’an dernier): la voix de MF DOOM sur une classieuse version du “Air” de Dabrye. Bref, on applaudit des deux mains en sifflant vigoureusement notre contentement.

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YOUR OLD DROOG It Wasn’t Even Close

Petite remarque liminaire: c’est marrant de voir à quel point la pochette de ce troisième album de Your Old Droog ressemble à celle du premier LP de Joe Armon-Jones. Comme s’il y avait une communauté d’esprit entre la jeunesse du hip-hop US et la nouvelle vague du jazz londonien. Avec cette même idée de chambre mal rangée (c’est-à-dire sans hiérarchie): de Zappa dans les chiottes à King Kong à la télé, il n’y a qu’un pas. Mais aussi ces clins d’oeil vintage (un gramophone ou un ghetto blaster) ou autoréférencés avec le maillot YOD (pour Your Old Droog) flanqué du numéro 1 bien sûr ou cette coupure de journal avec pour titre: Your Old Droog is The Best. Et si le trentenaire américano-ukrnainien n’est pas encore le meilleur malgré ces éclats de méthode Coué, il s’en rapproche petit à petit avec It Wasn’t Even Close. Deux ans après le déjà séduisant Packs, le garçon rassemble toute une clique de beatmakers chers au Grigri (Evidence, Mono En Stereo ou Tha God Fahim) pour construire un écrin parfait (car classe et minimal) pour son flow tranquille, grave, enveloppant. Rapproché à ses débuts de Nas, le New-Yorkais affiche ici bien plus sa filiation avec le "super villain" MF DOOM, invité comme un symbole sur "RST". Résultat, It Wasn’t Even Close ressemble à l’adoubement grandeur nature d’un type profondément hanté par le rap qui l’a fait grandir dans tous les sens du terme.

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DAMON LOCKS Where Future Unfolds

Quelle claque… On ne l’avait pas vu venir Where Future Unfolds. Et on n’est pas prêt de l’épuiser. Car imaginé par l’artiste de Chicago Damon Locks (celui-là même qui avait fait la pochette du Universal Beings de Makaya McCraven), ce disque monument ressemble à un film. Non pas à un biopic formaté, plutôt à une expérience activiste comme Godard savait si bien le faire à une époque (remember le One plus one / Sympathy for the devil avec les Stones et les Black Panthers). D’ailleurs, le garçon lui-même ne l’avait pas vu venir ce Black Monument Ensemble puisque le projet était à l’origine un solo fait de discours du mouvement des droits civiques et de collages électroniques. En novembre dernier, Damon Locks s’est entouré de musiciens (comme notre clarinettiste chicagoanne préférée, Angel Bat Dawid), de chanteurs et de danseurs pour donner une ampleur renversante à son oeuvre. Mix éblouissant entre free jazz, gospel et transe (qu’elle soit acoustique ou électronique), Where Future Unfolds évoque tous ces grands orchestres de Chicago qui - de Philip Cohran & The Artistic Heritage Ensemble à l’Art Ensemble - gueulent, bercent, dérangent, enivrent et câlinent dans un même geste. La classe américaine.

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BRAD MEHLDAU Finding Gabriel

Il fallait bien que ça arrive un jour. Depuis le temps que Brad Mehldau clame sa passion pour Bach à tour de projets, il était écrit que le pianiste américain allait nous sortir un jour son oratorio de sa besace. Le voici, le voilà et il a une sacrée gueule d’atmosphère - tendance synthétique, jazz fusion et judéo-chrétienne. Et comme dans La Passion Selon Saint-Matthieu, il y a de l’émotion, de l’innovation, des contrechants, des contrepoints et des choeurs à gogo entonnés ici par des voix amies que sont Becca Stevens, Kurt Elling ou Gabriel Kahane. Mais à la différence de Jean Sebastian, Mehldau se sert de la Bible pour balancer de petits taquets politiques. Notamment à un fou de Dieu, de murs et de pistolets nommé Trump sur le survitaminé “The Prophet is A Fool”. Car malgré ses multiples références bibliques, Finding Gabriel n’est pas un disque de cul-béni. Il s’inscrit tout simplement dans la tradition des oeuvres qui cherchent dans l’Ancien Testament des clés universelles pour comprendre le présent. Et surtout, il se décline en dix morceaux complètement chelous et profondément biberonnés à multiples substances dopantes: l’hélium, la dopamine, l’EPO, le vintage ou l’amitié (puisqu’on y retrouve une partie de sa bande, de Mark Guiliana à Ambrose Akinmusire). On dirait parfois le mix entre deux des meilleurs albums de Mehldau, Taming The Dragon et Largo. Bref, tout le monde le dit depuis quelques jours, mais c’est vrai: Finding Gabriel est un putain de grand disque dont on n’a pas fini de saisir les contours.

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THE MAUSKOVIC DANCE BAND The Mauskovic Dance Band

Il y a des disques comme ça, qui ont le don de vous télétransporter directement en été. Vous avez beau être entouré de pluie, de froid et de soucis, eh ben, non, ils s’en foutent, ils forment une sorte d’abri pour vous entretenir un micro-climat idéal - c’est-à-dire un été sans transpiration, sans guêpes et sans majoration sur les boissons. Le premier LP de The Mauskovic Dance Band, vous l’aurez compris, fait partie de cette catégorie. Il suffit de lire les titres des morceaux pour s’en convaincre: “Drinks By The Sea”, “Late Night People” ou “Alto In Vacanza”. À tel point qu’on a même eu envie de l’introniser disque de la semaine quelques jours avant sa sortie officielle (le 24 mai) sur le label Soundway Records, celui-là même qui héberge Felbm, les Meridian Brothers ou Dexter Story. Une grosse année après la claque Down In The Basement EP, les Hollandais proches de Altin Gün ou de Jacco Gardner passent l’obstacle du format long avec classe. Entre tropical disco foutraque et afrobeat méditerranéen sous acides, The Mauskovic Dance Band fait parfois penser à Francis Bebey dans cette façon rétro-futuriste de faire groover l’étrange et rendre étrange le groove. Que du bonheur comme dirait le grand Patrick.

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WILMA VRITRA Burd

L’habit ne fait pas le moine. On nous le dit souvent, mais c’est quand on y est confronté qu’on saisit véritablement ce vénérable ode à la suspicion. Car derrière ce sympathique canard défoncé sur fond rose bonbon sucé se cache en réalité un disque au spleen enveloppant, aux productions mi-électro de jeux vidéo, mi-guitare de blues foutraque - parfois même presque jazz-fusion (sur “earnie”, “Over Girls”, “Black is The Beuaty” ou “Weather Machine”). Et puis, derrière ce nom de rappeur chelou - Wilma Vritra - se dissimule en fait un duo transatlantique qui a composé sa musique à grands coups d’allers-retours par mails: à notre gauche Wilma Archer, producteur et guitariste anglais; à notre droite Pyramid Vritra, ex-membre du très successful collectif californien Odd Future aux côtés de Tyler, The Creator, Earl Sweatshirt ou Frank Ocean. L’une des forces émotives de Burd, c’est qu’il arrive après une grosse période de dépression pour l’Américain. De ce mal, le garçon tire des fleurs de rap complètement capiteuses. Aux antipodes du hip-hop formaté, le disque ressemble du coup à un journal intime écrit à quatre mains. D’où son côté forcément DIY et délicieusement versatile.

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ALTIN GÜN Gece

Gece, ça signifie nuit en turc. Et avec un tel titre et une telle pochette quasi impressionniste (on dirait les heures qui précèdent le tableau de Monet, Impression Soleil Levant), on aurait pu croire qu’Altin Gün s’était lancé dans un disque atmosphérique. Eh bien, non, la nuit reste chaude et dansante pour ce groupe spécialiste en faux-semblants et autres effets d’optique. Car derrière cette version psychédélique de classiques de la musique populaire turque se cache en réalité un crew hollandais mené par le bassiste du chanteur de pop baroque, Jacco Gardner: répondant au doux nom de Jasper Verhulst, le garçon s’est pris d’amour pour le rock anatolien des années 70 et s’est mis en tête de le rejouer avec une fraîcheur contagieuse. Spécialisé dans les réinventions modernes des musiques traditionnelles, le label Glitterbeat les a pris sous son aile quelques mois à peine après le succès de leur premier disque, On. Toujours porté par les voix de Merve Dasdemir et Erdinc Yildiz Ecev, Altin Gün confirme qu’il est un groupe sur lequel on peut compter les yeux fermés. Entre néo-disco, groove oriental ou folk psyché, Gece choisit de ne pas choisir - à l’image du pays qu’il célèbre au croisement de l’Europe et de l’Asie. Bref, la Gece leur appartient.

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CHOOSEY Black Beans

Il y a bien sûr cette pochette magique avec ce sosie de Poncherello de la série Chips. Choosey n’est pas le premier à sortir de ses archives une photo vintage. La clarinettiste Angel Bat Dawid vient de le faire sur son génial The Oracle. Il n’est pas non plus le seul à poser avec celui qu’on suppose être son paternel - de mémoire, Katerine l’avait fait sur son album éponyme en 2010. Mais là, le rappeur californien met beaucoup de symbole(s) dans cette photo. Car Black Beans célèbre l’entente africano-mexicano-américaine. Très actif dans la scène latin jazz de Los Angeles, papa Choosey a eu un rôle-clé dans le façonnage musical de son fiston. Pour lui rendre hommage, le MC de San Diego s’est ainsi allié au très soulful producteur Exile. Ensemble, ils sont volontairement allés puiser leurs boucles dans la musique qui a bercé la communauté chicano de Los Angeles, à commencer par le génial tube de Darondo, "Didn't I". Avec quelques invités de haut vol dont le crooner Aloe Blacc, ils font de Black Beans un parfait successeur au déjà prometteur Left Field sorti il y a cinq ans déjà. Entre séquences espagnoles et punchlines bien taillées, entre tubes lumineux et hymnes acérés, Choosey accouche d’un disque à mi-chemin entre l’anthologie soul et le manifeste hip-hop. Un album métissé dans tous les sens du terme.

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KELLY FINNIGAN The Tales People Tell

Il y a des tonnes de raisons pour faire de ce premier album solo du chanteur des Monophonics un disque de la semaine. Déjà, il y a une évidence: The Tales People Tell comporte dix chansons, dix potentiels tubes. Il est parfois cornélien de choisir quel(s) titre(s) va/vont passer sur Le Grigri: souvent on s’écharpe, on s’engueule, on s’étripe. Là, on a dû les choisir à chifoumi dans le plus grand des calmes. Seconde raison, la soul de Kelly Finnigan sent bon le vintage à sampler. On s’explique: ces orchestrations classieuses, ces breaks veloutés, ces montées de sève en mode préliminaires sereins, c’est typiquement sur ces bases que le Wu-Tang Clan (pour ne citer qu’eux, mais ils prennent une sacrée place dans nos références) a construit ses beats. Ça sent le savoir-faire des grands labels de l’Histoire de Stax à Hi Records, celui-là même qu’on retrouve chez Leon Michels évidemment. Il faut dire que le savoir-faire, Kelly Finnigan connaît bien puisque son père Mike (qui joue de l’orgue sur l’album) a côtoyé Jimi Hendrix, Taj Mahal, Etta James ou Joe Cocker. Enfin, last but not least, la voix du chanteur-en-chef-multi-instrumentiste de The Tales People Tell a quelque chose d’incroyablement androgyne. Ça pourrait être un homme, une femme, une extraterrestre, un sirène clopeuse ou un ligament croisé qu’on ne verrait pas la différence. Bref, on pourrait parler pendant des heures de ce disque que ça n’épuiserait pas notre amour pour lui. D’autant que Le Grigri diffusera toute la semaine en exclusivité deux incroyables titres de ce The Tales People Tale dont la sortie n’est prévue que pour le vendredi 26 avril chez le toujours pertinent label américain Colemine Records. On serait vous, on écouterait la radio 24h sur 24 pour ne pas les louper.

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CANALON DE TIMBIQUI De Mar Y Rio

Décidément, on a un truc avec la Colombie au Grigri. Quelques jours après Pixvae, voici un nouveau disque venu du pays de Falcao et Botero - et le premier qui nous fait une blague sur la cocaïne, on l’oblige à regarder toutes les interventions du Président lors du Grand Débat d’affilée et sans se plaindre. Mais que voulez-vous? Il y a des peuples comme ça qui ont des âmes qui collent avec les nôtres. Bref, pour ceux qui ne connaissent pas Canalón de Timbiquí (comme nous il y a encore quelques semaines, on ne va pas vous mentir), c’est un groupe paritaire dirigé par la chanteuse Nidia Góngora, une proche du producteur colombophile Quantic, Connue pour avoir participé au projet Ondatropica, elle a fondé Canalón de Timbiquí en 2003 et gagné pas mal de prix depuis. Le casting? Un choeur féminin escorté par quelques instruments traditionnels comme le marimba, le bombo ou la percussion guasá. Le pitch: le répertoire folklorique de la côte pacifique du pays. Le résultat? Treize morceaux entêtants qui sonnent comme si Moondog était né à Bogota. La B.O. idéale d’un trip sur une île paradisiaque? Oui, mais pas que: ça peut aussi fonctionner une matinée sédentaire dans un bureau infernal.

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HUIT RÉÉDITIONS POUR LE PRIX D’UNE

Alice Clark, Alice Clark

L’unique chef-d’oeuvre d’une soul woman américaine à la délicatesse bouleversante. Produit par Bob Shad, un modèle de groove de velours.

Michel Roques, Chorus

Trip complètement perché d’un saxophoniste aveugle élu meilleur musicien de l’année trois ans plus tôt. Du spiritual jazz à la française entrecoupé de vers mystiques.

Eumir Deodato, Os Catedráticos

Stakhanoviste du groove latin, le Brésilien arrangeur pour Sinatra, Jobim, Aretha ou Björk était à cette époque au top de sa forme. Du vrai-faux easy-listening fait pour kiffer la life.

Akira Ishikawa, Back To Rhythm

Vous cherchiez un batteur japonais qui reprend en mode funk-soul des standards de Bob Marley, des Beatles ou de Stevie Wonder? Le voilà et ça décoiffe/dépote/défrise (au choix, selon son capital capillaire).

Janko Nilovic, Un Homme dans l’Univers

B.O. imaginaire ou soundtrack d’un film jamais sorti? Peu importe le flacon, l’ivresse du compositeur franco-monténégrin est bien là. Les fans de François de Roubaix, Vladimir Cosma ou Fred Pallem savoureront ces belles tourneries cinématographiques au possible.

Horace Tapscott, Live At I.U.C.C.

Sans lui, Kamasi Washington et plein de musiciens n’existeraient pas. Son jazz était tout à la fois free, spiritual, hard, poetic, mais aussi et surtout ultra collective. La preuve avec ce live complètement dingos dans une église de Los Angeles.

Infinite Spirit Music, Live Without Fear

Improvisé en un jour par une bande de musiciens de Chicago fortement habités par l’esprit de Sun Ra, ce LP était devenu culte et donc très, très cher. À l’écoute de ses hypnotiques saillies afrofuturistes, on comprend pourquoi.

Star Band de Dakar, Psicodelia Afro-Cubana de Senegal

Groupe culte sénégalais, le Star Band Dakar a participé à l’essor de la musique au cubaine sur le continent africain. Chapeautée par le label Ostinato Records, cette géniale compilation rassemble les moments les plus psychédéliques de ces maîtres du swing transcontinental.

Madvillain, Madvillainy 2: The Madlib Remix

En 2004, Madlib et MF Doom sortaient l’un des plus grands disques de l’histoire du hip-hop, Madvillainy. Quatre ans plus tard, les mêmes se remixaient eux-mêmes. Comme si Hitchcock faisait son propre remake. La classe.

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CSABA PALOTAÏ Antiquity

Quand on a créé Le Grigri il y a un peu plus de neuf mois, on voulait évidemment prendre des gens comme Christian Scott ou The Comet is Coming comme trampolines. Mais on voulait aussi et surtout servir de trampoline pour des artistes moins connus, des musicien(ne)s qui aiment bien l’ombre, des personnalités qui n’ont pas l’habitude de faire la une des magazines/webzines. Complice d’Emily Loizeau, Thomas de Pourquery ou John Parish, le Hongrois Csaba Palotaï tombe pile poil dans cette catégorie d’outsider magnifique. Voilà des années qu’il enchaîne les grands albums à la mélancolie cabossée sans recevoir la reconnaissance qu’il mérite. La preuve encore avec ce splendide Antiquity sorti en quasi catimini il y a quelques semaines déjà. Étonnant car il a tout pour plaire: des mélodies renversantes, un invité de gros calibre (le violoncelle de Vincent Ségal), des ambiances ultra cinématographiques, un format parfait pour alterner instants en suspension et montées à réaction (guitare électrique, saxophone, batterie), une pochette bien foutue…. Et puis, toujours sur le fil du rasoir entre le limpide et le trouble, le jazz et le rock, le jour et la nuit, la guitare de Csaba Palotaï prend même sur cet album des accents africains qui ajoutent encore une nouvelle nuance à sa palette.

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CHRISTIAN SCOTT Ancestral Recall

Point de préliminaires: Ancestral Recall est un putain de chef-d’oeuvre, le meilleur disque de Christian Scott de toute sa vie. Le meilleur disque de l’année jazz. Et sans doute le meilleur disque de l’histoire des disques de la semaine du Grigri (bon, là, on risque de se faire engueuler, mais vous savez ce que c’est le lundi, hein, il faut se réveiller à coup de vodka ou d’hyperbole, et l’hyperbole c’est moins cher et moins douloureux sur le moyen terme). Il y a cinqu raisons à cet enthousiasme.

1/C’est le printemps et nos hormones nous font croire que l’hiver est un mauvais souvenir.

2/ Le trompettiste américain fait partie de cette rare caste de gens qui, en changeant de nom, ont bonifié leur musique (pensez à Prince, Christine and The Queens ou Puff Daddy et transpirez à grosses gouttes). Lui, depuis qu’il se fait appeler Christian Scott aTunde Adjuah, chaque album rend ringard le précédent.

3/ Invité sur trois titres, Saul Williams vit comme une résurrection sur cet album, ça faisait longtemps qu’il ne nous avait pas filé une chair de poule de cette intensité.

4/Christian Scott prouve avec cet album qu’il est sans doute le seul jazzman à avoir vraiment digéré les textures à la Radiohead sans les singer. Résultat, Ancestral Recall sonne parfois comme si Kid A/Amnesiac avait été enregistré à La Nouvelle-Orléans pour servir de B.O. à Breaking Bad.

5/Grâce à lui, on se sent bel et bien une radio-porte bonheur: exister à une époque où la claque Ambrose Akinmusire suivent les claques Makaya McCraven, Shabaka Hutchings ou Christian Scott, c’est ce qu’on appelle avoir le cul bordé de nouilles aux crevettes sauce samouraï.

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THE COMET IS COMING TRUST IN THE LIFEFORCE OF THE DEEP MYSTERY

S’il y a bien un mot qui convient à The Comet is Coming, c’est bien celui de trip. Déjà, parce qu’on peut dire que c’est le trip jazz-électro (voire électro-jazz même) du saxophoniste-clé de la scène anglaise, Shabaka Hutchings, avec le duo Soccer 96 (Dan Leavers et Max Hallett). Et puis parce que cette musique appelle aux trips en tous genres. Elle peut donner envie de se droguer comme de danser, de danser et de se droguer, de droguer puis de danser, de danser en se droguant, de se droguer en dansant. De danser mais de dire non à la drogue, de se droguer mais de dire non à la danse. Car malgré son enrobage synthétique à mi-chemin entre le krautrock le plus old school et le dubstep le plus poisseux, la musique de The Comet is Coming peut s’écouter assis, se méditer couché ou se réfléchir debout. Le trip, on le trouve aussi dans l’imaginaire du groupe, psychédélique et afro-futuriste, entre Pink Floyd et Sun Ra, entre Kubrick et Star Trek. Premier album du trio pour le prestigieux label Impulse, Trust In The Lifeforce Of The Deep Mystery perpétue la tradition des oeuvres rentre-dedans de The Comet: un saxophone déchaîné dont le grain envoie le lounge valdinguer à des années-lumières, des synthés enveloppants mais coups de poing, une batterie à fond les ballons. Avec peut-être plus de rondeurs que par le passé (cf. le très spiritual jazz "Unity"), ce second LP du trio multiplie les moments de bravoure à te faire te péter le crâne sur le comptoir: "Super Zodiac", "Summon The Fire" ou encore "Timewave Zero". Sans oublier les huit minutes intersidérales avec la poétesse Kate Tempest ("Blood of The Past"). Bref, plus qu’un grand disque: un gros disque taillé autant pour les clubs de jazz que pour les clubs discothèques.

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ELAQUENT Blessing In Disguise

Elaquent ne le cache pas. Il est fan de J Dilla et Madlib. Il suffit de le suivre sur Facebook ou Twitter pour s’en rendre compte. On avait aussi un petit indice avec le header de sa page Bandcamp de son nouvel album: une photo de ses doigts manipulant le fameux sampleur Roland SP-404SX. Un geste qui signe presque comme un signe d’appartenance à un gang - pacifique mais fameux -, celui des beatmakers old school qui aiment les boucles de jazz et les expériences de groove (ou les grooves d’expérience, c’est au choix). Ce n’est donc pas étonnant de voir le Canadien intégrer Mello Music, l’une des maisons hôtes de ce type de hip-hop (cf. Oddisee ou L’Orange). Comme d’habitude, le garçon nous délivre une suite de mélodies impeccables. Enfin, comme d’habitude pas vraiment. Car Blessing in Disguise semble un peu plus poisseux (c’est un compliment dans notre bouche) qu’avant. Comme si Elaquent s’éloignait parfais de Dilla ou Madlib pour rejoindre MNDSGN. Il faut dire que le disque a été composé dans un endroit moite au possible (c’est un compliment dans notre bouche), la Jamaïque. Du pays de Bob Marley, Elaquent n’a donc pas ramené des sons ou des clichés mais tout un climat qui a su faire transpirer son art de beatmaking. Et c’est, là encore, un compliment dans notre bouche.

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SOULEANCE Tribute To Galt MacDermot

Très franchement, de ce disque, on aurait juste envie de dire: appuyez sur play et kiffez. Mais ce serait bête et paresseux car en plus de proposer vingt tracks imparables de beatmaking mélodique et de groove serein, cet album disponible à prix libre sur Bandcamp ne propose pas que de la (bonne) musique, c’est aussi une sorte d’oraison funèbre spontanée, amoureuse, cultivée à un Canadien qui vaut de l’or. Une sorte de biopic inventif (car totalement subjectif et non platement chronologique) pour célébrer la mémoire d"un musicien que tout le monde connaît, même sans le savoir. Disparu en décembre dernier (à peine quelques heures avant de souffler sa 90e bougie), Galt McDermot a notamment composé la fameuse comédie musicale Hair. Mais il a aussi et surtout été une source d’inspiration et de sampling infini pour tous les beatmakers du monde entier, à commencer par le deux plus célèbres d’entre eux, J Dilla et Madlib. Le binôme français Souleance (soit le producteur-fondateur de Musique Large, Fulgeance, et le DJ des soirées What The Funk, Soulist) a ressenti le besoin de rappeler à quel point ce type a composé des choses incroyables dont Two Gentlemen of Verona qui sert de fil conducteur dans les interludes. “Il a toujours été un mentor et une légende pour nous, un magicien qui a créé la boucle parfaite avant l'heure, un musicien humble et honnête. On espère, comme quand on l'a fait pour Elia Y Elisabeth, que ce tribute poussera les gens à découvrir sa vie, son oeuvre et son génie" nous ont-ils confié. Eh bien nous on ne l’espère pas, on en est convaincus.

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FIDEL FOURNEYRON ¿ Que Vola ?

Second disque de la semaine en un peu plus de six mois pour Fidel Fourneyron (la dernière fois c’était en juin avec Animal). Le tromboniste français fait péter les records de précocité et peut clairement s’asseoir à la table de Kylian Mbappé et lui dire, yeux dans les yeux: “mec c’est moi le chouchou du Grigri”. D’autant que ce ¿Que Vola? a réussi l’exploit de faire l’unanimité au sein du comité d’écoute du Grigri, cette dizaine d’oreilles amies et passionnées qui nous aident chaque semaine à choisir le meilleur du meilleur pour nourrir cette radio vorace en découvertes. Et sincèrement, ça n’arrive pas si souvent que ça. Peut-être parce que ce projet transatlantique parvient à allier, comme si de rien n’était, tradition et innovation, réflexion et vibration, ambition et abnégation. Même si derrière ces mots qui font pompon se cache en réalité une musique qui dégage la lumière de l’évidence. Bref, ¿Que Vola? est non seulement un sacré bon disque générateur d’un irrésistible groove afro-cubain, mais c’est aussi la confirmation d’une chose qu’on sentait arriver depuis longtemps: dans un avenir très proche du présent, Fidel Fourneyron est un type qui va conter double (amis trolleurs, l’orthographe de ce mot est volontaire; on appelle ça un jeu de mots, merci d’avance).

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SWINDLE No More Normal

Swindle, ça veut dire escroquerie en anglais. Bon, no stress, c’est aussi le mot que nos amis d’outre-Manche pour parler d’une technique aux échecs qui consiste à mimer l’erreur pour piéger son adversaire. Et l’art du faux-semblant, c’est tout ce que développe ce producteur londonien depuis 2010 et son premier EP Who Said Funk. Car le garçon s’amuse clairement à brouiller les cartes avec la joie du gosse qui lance des fausses pistes quand il joue à cache-cache. Par exemple en 2013, quand il clamait son amour pour le jazz dans Long Live The Jazz, il accouchait en réalité d’un opus electro-dubstep-funk. Producteur hip-hop tendance grime, Swindle fait tout simplement ce qu’il veut quand il veut où il veut. Et c’est aussi pour ça que son premier véritable album pour le label Brownswood nous a tellement accrochés. On y trouve une foule d’invités aussi jazz que hip-hop ou soul (de Nubya Garcia à Kojey Radical, de Ghetts à Etta Bond, de Yussef Dayes à Andrew Ashong); on y collectionne des refrains r’n’b comme des envolées psychédéliques, des instants tubesques comme des passages underground, des tics nu-soul comme des textures de UK Jazz. Bref, No More Normal est à ranger bien au chaud dans sa discothèque entre Hiatus Kaiyote, Anderson .Paak ou Robert Glasper.

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OF TROPIQUE La Palma

Ce disque, on l’a découvert par hasard sur Bandcamp comme on découvre une bouteille à la mer. Depuis, on ne pense qu’à lui, nuit et jour, jour et nuit. Comme il nous obsédait et qu’on ne savait rien sur lui, on a envoyé un message à ce mystérieux groupe. On a ainsi appris qu’ils étaient Japonais, aimaient Captain Beefheart, Johnathan Richman ou Hector Zazou, ne venaient pas du tout de la culture latine (ils traînent dans le post-rock, le rocksteady ou le jazz), mais avaient décidé de s’assembler à sept pour fantasmer une tropical music délicieusement foutraque. S’ils s’appellent of Tropique, c’est à cause de Of Montreal., le groupe américain que leur clarinettiste en chef, Teppei Kondo, vénère par dessus tout. Et si ce disque complètement addictif a pour nom de baptême La Palma, c’est parce qu’il est aussi un livre illustré par Jun Otani qui raconte une aventure sur une île imaginaire. Et d’imagination et d’aventure il est en question sur ces vingt-une pastilles faussement lo-fi. Parfois ils font penser à une sorte de Sun Ra Arkestra sous influence calypso. À d’autres moments, on dirait du Jun Miyake granuleux ou du Tom Zé sans paroles. Bref c’est (très) beau et (très) bizarre à la fois. Comme la vie, quoi.

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TOMMY GUERRERO Road To Knowhere

Ex-skateur professionnel, Tommy Guerrero a choisi de se lancer dans la musique il y a vingt ans. Et au lieu de s’enfermer dans telle ou telle esthétique proche de son ancien sport, le garçon a choisi de bricoler ses albums tout seul sans soucier des genres. Il y a vingt ans, c’était osé. Aujourd’hui, c’est devenu la norme. Mais l’Américain a du coup une longueur d’avance sur tous les autres artisans d’exotica music. Avec ce Road To Knowhere et son jeu de mots proche de l’univers Marvel, il confirme qu’il sait très bien où il va: dans un monde instrumental où la mélodie et la guitare sont reines. Comme nous sommes des Terriens (presque) comme les autres et que nous savons que les Terriens sont friands de punchlines comme les moustiques d’hémoglobine, on pourrait dire que ce premier disque de la semaine du Grigri en 2019, c’est un peu comme si la surf music des "Dreamers" de John Zorn rendaient hommage au Sur la Route de Jack Kerouac. Ou comme si l’ethio-jazz de Mulatu Astatké revenait les valises pleines d’idées après un voyage en Jamaïque avec escale au Nigéria. Un road-trip attachant, lumineux et fait de bric-et-de broc. Tout ce qu’on aime.

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NAÏSSAM JALAL Quest of The Invisible

Quest of The Invisible, c’est le genre d’album que l’on écoute en retenant son souffle. Car il joue tellement avec les grands silences, les doux frottements et les points de suspension qu’on aurait peur de l’abîmer en respirant trop fort. Rien que d’en parler, on se sent déjà impie - tant le disque se plaît à tourner autour de l’indicible et des notions de temps, de songe ou de prière. Ça faisait un petit bout de temps qu’on sentait qu’il coulait dans les veines de Naïssam Jalal l’ADN d’un chef-d’oeuvre. Avec ce double album en trio (voire en quartet avec la présence de l’immense batteur Hamid Drake sur quelques titres), la flûtiste franco-syrienne sort le grand jeu du minimalisme habité. Gorgé de spiritual jazz ou de musiques mystiques indiennes ou arabes, Quest of The Invisible est un splendide disque syncrétique où les notes n’ont pas de patrie. Porté par les lignes claires de Claude Tchamitchian (contrebasse) et Leonardo Montana (piano), le disque de Naïssam Jalal pourrait être né à Cuba, en Norvège ou Pakistan que ce serait la même. C’est à ça qu’on reconnaît les oeuvres véritablement universelles où l’esprit transcende la lettre.

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KASSA OVERALL Go Get Ice Cream and Listen To Jazz

Allez hop le game est plié. Voici d’ores et déjà le meilleur titre de l’année dans la catégorie jazz-hip-hop: chopez vous une glace et allez écouter du jazz invite Kassa Overall. On dirait Nasser Al-Khelaïfi, le président du PSG, qui invite ses détracteurs à aller prendre un café et lui lâcher les baskets. Bref, on dirait une manière de dire: “ne me cassez pas les couilles avec le fait de savoir si ce que je fais est du jazz pas du jazz, du hip-hop, pas du hip-hop, de bidule ou du machin: je fais ma musique et je vous invite à prendre une grande respiration et me laisser tranquille si ça ne vous plait pas". Bon, sans doute qu’on extrapole un poil (mais la vie vaut-elle d’être vécue sans extrapolation?), mais on sait, on sent, on soupèse qu’il y a du vrai. Et puis cet album a plein d’autres qualités: une pochette bien classe qui évoque les couleurs du Grigri (il n’y a pas de hasard dans le royaume du bon goût) , des invités cinq étoiles (dont le Brésilien Arto Lindsay ou le regretté Roy Hargrove ou son potentiel héritier Theo Croker) ou encore des morceaux qui balancent entre jazz-hip-hop et hip-hop-jazz avec un équilibrisme emballant. Avant de tomber sur ce Go Get Ice Cream and Listen to Jazz, on n’avait jamais entendu parler de ce batteur-rappeur de Seattle (il avait pourtant joué avec Geri Allen, Vijay Iyer ou Mayer Hawthorne). À présent, son nom restera gravé dans nos crânes comme un réflexe pavlovien associé à l’expression: moderne qualité.

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COCHEMEA All My Relations

Ce fut comme une apparition. Dès la première note de All My Relations, on a compris que ce disque allait nous accompagner longtemps. Et pas comme un chewing-gum sous un basket dans une rue mal léchée. Non plutôt comme un ami avec lequel on peut dialoguer, rêver et s’exclamer. Second album solo du saxophoniste des Dap-Kings (le groupe du label Daptone qui a porté aux sommets la regrettée Sharon Jones), All My Relations explore les racines amérindiennes de Cochemea Gastelum, un type dont le prénom signifie “ils se sont fait tuer dans leur sommeil” - on est prévenus. Disque de spiritual jazz dans le sens le plus profond du terme (“Asatoma” ressemble à une prière tandis que “All My Relations” résonne comme une cérémonie immémoriale), ce recueil de dix pièces mi-groove mi-psyché a une sacrée gueule de coup de coeur. Ça y chante, ça y explore, ça y joue du saxophone avec des effets tellement acérés qu’on dirait que c’est Jimi Hendrix qui souffle là-dedans comme un morfale revenu des enfers. Trois des choses qu’on préfère au monde ex aequo avec les chips, les télécommandes et les rimes embrassées.

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SERGE TEYSSOT-GAY & KHALED ALJARAMANI Kan Ya Ma Kan

Ça faisait de plus de cinq ans que ce duo n’avait plus rien sorti. Et quand on écoute Kan Ya Ma Kan, on se dit que c’est à la fois dommage et salvateur. Dommage car le disque est d’une telle beauté, d’une telle intensité, d’une telle spiritualité qu’on aurait aimé avoir plus souvent des nouvelles de Serge Teyssot-Gay & Khaled Aljaramani. Mais de l’autre côté, c’est sans doute aussi parce que leur rencontre est rare qu’elle est aussi précieuse. D’autant que toute la philosophie de ce Kan Ya Ma Kan se construit sur le minimalisme, le less is more, le sobre - ce n’est pas un hasard s’ils reprennent ici le maître du genre, Erik Satie. Dialogue de cordes entre la guitare électrique et le oud, Interzone a toujours cherché à construire un monde qui transcende les clichés et les oppositions faciles entre Orient et Occident. A tout ça, il faut ajouter le chant poignant de Khaled Aljaramani qui pourrait faire frissonner même Marine Le Pen et Nicolas Dupont-Aignan. Ou presque. Bref, un disque qui pourrait faire pleurer des pierres.