Traque de Track #17 : "The Collection" de Tenesha The Wordsmith

Chaque jour de nouveaux titres entrent dans la programmation du Grigri. Aujourd’hui, Willy Kokolo s’intéresse à la poétesse Tenesha The Wordsmith pour la sortie de son nouvel album Peacocks and Other Savage Beasts.

Des neuf morceaux que comportent Peacocks & Other Savage Beasts, tous sont des pièces maîtresses. Tenesha, adepte de la ‘spoken poetry’, se fait commentatrice sociale et politique, maniant sa plume avec dextérité. C’est déjà le deuxième album pour la native d’Oakland qui avait conquis les amoureux des belles lettres avec Body Of Work, il y a 3 ans. L’artiste se revendique d’une approche transformatrice: “I hope you will learn how to turn pain into power and purpose”. Si son propos est toujours juste, c’est qu’il navigue entre anecdotes personnelles et universalisme. Le racisme y est dépeint comme « the white man’s madness », un clin d’œil à Kipling qui se poursuit jusque dans la critique de son père : « colonizing the bodies of women ». Plus tard, c’est Billie Holiday et Toni Morrison qui s’invitent à la fête. 

Sans verser dans l’intellectualisme pour autant, Tenesha propose une lecture musicale de ses réflexions. “This poem is so old the rhythm is off” clame-t-elle, et c’est déjà la preuve que la musique est omniprésente dans ses schémas mentaux. C’est le beatmaker italien Khalab, aux commandes de la production, qu’il faut gratifier pour l’accompagnement musical. Déjà collaborateur de Tenesha sur le morceau « Black Noise » sorti l’an passé, cet explorateur musical habille chaque morceau de sonorités au croisement de l’électro, du jazz, du hip hop et du folklore africain. Conversations entre basses synthétiques et contrebasse, percussions africaines et batterie jazz cimentent donc cet opus. 

Musicalement, « The Collection » est moins intense que les autres pistes, ce qui en fait le morceau le plus accessible. Mais loin d’édulcorer la poésie de Tenesha, ces harmonies néo-soul sont le terreau musical qui fait fleurir la rupture induite par le ton poétesse, une collection d’anecdotes dramatiques narrées avec une indolence feinte. Elle évoque « the sharp edge of my pen » et nous ne pouvons qu’acquiescer. Sa force est dans son verbe. 

Willy Kokolo

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